La fraude électorale est contagieuse

17-04-2008

Les années 90 et la vague de démocratisation de l'Afrique sont bien loin. Tricherie électorale et suppression de la limitation des mandats se multiplient. Dans plusieurs pays, cela a entraîné des violences. Seule Madagascar a eu gain de cause.
Le Zimbabwe, après le Kenya, tombe dans l'illégalité électorale. Si aucune violence n'y a (encore ?) éclaté, la perpétuation vraisemblable du régime Mugabe, qui affame, est une violence en soi.

Le pire, c'est que ces deux pays ne sont pas des exceptions. Après la turbulente décennie des années 90, qui avait vu de nombreux régimes africains se démocratiser un peu, beaucoup ou pas du tout, à la suite de la chute du mur de Berlin - et de sa résultante : la fin de l'appui occidental inconditionnel à des dictatures pro-Ouest - ces dernières années ont amené bien des revers en Afrique.

Plusieurs pays ont ainsi connu des explosions de violence parce que leur chef d'Etat refusait de céder la place malgré une défaite électorale ou de grosses irrégularités. Ce fut le cas en Côte-d'Ivoire en 2000, quand Laurent Gbagbo s'est installé au pouvoir après un scrutin frauduleux; depuis lors, les élections présidentielles ont été reportées deux fois et il est question de répéter ce "truc" commode fin 2008. Fraude aussi en Ethiopie en mai 2005, suivie d'une révolte réprimée dans le sang. La tricherie électorale aux présidentielles de décembre 2007 au Kenya a suscité une explosion ethnico-politique qui a fait 1 200 morts et 300 000 déplacés.

La seule révolte populaire contre une fraude électorale qui ne se soit pas terminée par la victoire des fraudeurs au pouvoir est celle de Madagascar, en 2001, qui a abouti au départ en exil de l'amiral Didier Ratsiraka au profit de Marc Ravalomanana en 2002. Encore cette victoire doit-elle beaucoup à la fortune de l'opposant, millionnaire, qui put ainsi organiser la réplique aux manoeuvres du dictateur.

Une série de pays ont préféré supprimer l'interdiction, pour un chef d'Etat, de cumuler plus de deux mandats de suite, interdiction dont le but est d'empêcher l'installation de présidents à vie. Cette mesure de sauvegarde n'est plus en vigueur au Tchad d'Idriss Déby (qui a pris le pouvoir par la force en 1990), au Burkina Faso de Blaise Compaoré (qui a pris le pouvoir par la force en 1987), dans l'Ouganda de Yoweri Museveni (qui a pris le pouvoir par la force en 1986). Le président du Cameroun (depuis 1982) Paul Biya est en train de faire passer la même modification constitutionnelle par un parlement qui lui est acquis. L'ex-président du Nigéria Olusegun Obasanjo a échoué à en faire autant en 2006.

On sait que le chef d'Etat africain a généralement plus de chances de remporter des élections parce qu'il maîtrise l'appareil d'Etat et bénéficie souvent du parti pris de nombreux paysans craignant que menacer le pouvoir du président n'amène celui-ci à user de violence à leur détriment. Néanmoins, l'honnêteté des élections a été fortement contestée - sans aller jusqu'à la révolte populaire - au Nigéria en 2007, au Congo-Brazzaville en 2007, en Ouganda en 2006, au Tchad en 2001 et 2006, en Zambie en 2006, au Mozambique en 2005, au Togo en 2005, au Liberia en 2005.

Enfin, restent les dinosaures qui n'ont jamais été ébranlés, tels Obiang Nguema en Guinée Equatoriale, neveu du premier chef d'Etat de ce pays et qui accorde tous les postes de pouvoir à sa famille; Issaïas Afeworki en Erythrée; le général Lansana Conté en Guinée Conakry; le colonel Omar El Bechir au Soudan; Eduardo Dos Santos en Angola.

Marie-France Cros

source: lalibre.be