Déclaration du FRODEBU

21-05-2008

REPUBLIQUE DU BURUNDI
PARTI SAHWANYA-FRODEBU
CABINET DU PRESIDENT


Déclaration du Parti Sahwanya-FRODEBU sur la situation politique, sécuritaire et sociale qui prévaut actuellement dans le pays

Ce mardi 20 mai 2008, le Comité Exécutif du Parti Sahwanya-FRODEBU s’est réuni pour analyser la situation politique, sécuritaire et sociale qui prévaut actuellement dans le pays. A l’issue de cette réunion, le Parti Sahwanya-FRODEBU a jugé opportun de porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale la présente déclaration

A. Sur le plan politique, le parti Sahwanya-FRODEBU constate la persistance des faits graves qui mettent en danger réel l’unité et l’intégrité sociales de la Nation. Il s’agit notamment des faits suivants :

1. Depuis plusieurs mois, les Institutions de la République, particulièrement le Parlement et le Gouvernement connaissent des disfonctionnements sans précédent. Le plus grave est qu’il n’y a actuellement aucune action concrète envisagée par l’autorité compétente pour mettre fin à cette grave crise institutionnelle.

2. Alors que l’Assemblée Nationale doit reprendre ses travaux au début du mois de juin 2008, les tentatives de la délégation de l’Union Interparlementaire pour essayer de trouver une solution à cette crise se sont heurtées à une intransigeance sans égal des représentants du parti CNDD-FDD à l’Assemblée Nationale. Quant à l’autorité burundaise compétente, il semble que dans les faits elle ait bel et bien démissionné.

3. Des informations concordantes font état de la volonté du pouvoir en place de chercher même des appuis internationaux soit pour saborder le Parlement , soit pour lui ôter son rôle de contrôle de l’exécutif par tous les moyens. Alors que certaines dispositions avaient été convenues entre tous les burundais à travers l’Accord d’Arusha pour ramener la confiance entre les composantes politiques et sociales de la Nation et ce de façon pérenne, le pouvoir en place voudrait les changer pour qu’il se donne les moyens de domination sur les autres partenaires.

Il s’agit notamment du quorum des 2/3 exigible à l’Assemblée nationale pour se réunir et pour voter, ainsi que la parité ethnique au sein des Forces de défense et de sécurité, éléments que le pouvoir en place au Burundi veut absolument supprimer, ouvrant ainsi la voie aux démons de la division que le pays avait tant bien que mal essayer de dépasser.

4. Au niveau du Gouvernement, l’unicité et la cohésion qui devaient le caractériser ont volé en éclats depuis belle lurette. En témoignent les nombreuses plaintes exprimées maintes fois par plusieurs membres de ce Gouvernement provenant de tous les Partis politiques, et qui n’ont jamais trouvé de réponses adéquates de la part du Chef du Gouvernement. Alors que les Réunions du Conseil des Ministres sont devenues très rares, les querelles ouvertes de compétences, les confusions, les insubordinations ainsi que les abus entre différents membres du Gouvernement sont devenues tellement graves, apparentes et nombreuses que le citoyen burundais qui observe cette situation en éprouve un sentiment de honte et d’indignation.

5. Le pouvoir en place s’est engagé résolument dans un processus d’imposition de la dictature et du monopartisme, comme en témoignent plusieurs faits observés ces derniers temps. Cherchant à passer outre les principes chers de démocratie, de dialogue, de rassemblement et d’inclusion, acquis dans les différents Accords de Paix et qui fondent l’avenir de notre Nation, le pouvoir en place cherche par tous les moyens à balayer d’un trait tous ces principes afin qu’il ait à lui seul le pouvoir de domination politique sur toutes les autres composantes politiques et sociales de la Nation.


6. Dans cette même logique de domination, le refus aux Partis politiques autres que le Parti au pouvoir de fonctionner normalement en interdisant leurs réunions, en particulier le parti Sahwanya-FRODEBU, et ce en violation flagrante de la Constitution et de la loi sur les partis politiques, constitue une étape supplémentaire pour asseoir la dictature et le monopartisme. Ces derniers jours, même certaines autorités administratives ne savent plus à quel saint se vouer, puisque les interdictions de réunions viennent des autorités de la police présidentielle et la police nationale, suggérant ainsi que c’est le Chef de l’Etat lui-même qui est à la base de ces interdictions. Manifestement, l’Etat d’Exception s’installe progressivement.

7. Tandis que les réunions des partis politiques autres que le CNDD-FDD sont interdites, l’on constate que les réunions et autres actions politiques clandestines organisées par des dissidents et des exclus des Partis politiques rivaux du CNDD-FDD sont encouragées et soutenues par le pouvoir en place.

8. Les assassinats, les arrestations, les emprisonnements et les jugements abusifs à l’endroit des représentants légaux et des militants des Partis rivaux, en particulier le Parti Sahwanya-FRODEBU, sous divers prétextes fallacieux, notamment d’appartenance au Palipehutu-FNL ou d’insultes au Chef de l’Etat, sont devenus très nombreux dans le pays, en vue de semer la terreur dans la population pour l’amener à se soumettre au dictat du pouvoir.

B. Sur le plan politico-sécuritaire, nonobstant l’espoir suscité par le retour des membres du Palipehutu-FNL dans le mécanisme de mise en application de l’Accord de Cessez-le-feu, le parti Sahwanya-FRODEBU constate la persistance des actes contraires à la logique de recherche de la Paix.

9. La reprise de la guerre meurtrière entre l’armée et les combattants du Palipehutu-FNL dans beaucoup de communes du pays est tant décriée par l’opinion nationale et internationale, qui en demande l’arrêt immédiat.

Le Parti Sahwanya-FRODEBU est particulièrement étonné par les propos belliqueux qui sont tenus par l’autorité militaire et policière, qui vient d’affirmer que le Gouvernement ne va jamais arrêter la guerre, et ce malgré la venue des autorités du Palipehutu-FNL au Burundi.
Il est encore plus indignant d’entendre que les têtes des citoyens burundais sont mises à prix pour un million de francs burundais, ouvrant ainsi la voie à des barbaries et des reglèments de compte incontrôlables.

10. Les assassinats, les viols, les pillages et autres graves maux à l’endroit des citoyens se sont accélérés à un rythme soutenu sans que l’autorité habilitée daigne y mettre fin.

11. Les conséquences de cette situation ne se sont pas fait attendre au niveau de la Communauté internationale, notamment les Nations Unies qui sont en train de placer notre pays dans la catégorie des pays à ne pas fréquenter.

C. Sur le plan socio-économique, le Parti Sahwanya-FRODEBU constate que la société burundaise est au bord de l’éclatement si l’on n’y prend pas garde, comme en témoignent les faits qui suivent :

12. Tandis que les grèves de revendications sociales et économiques se multiplient dans tous les secteurs de la vie nationale, la machine étatique de répression se substitue au dialogue social et se renforce davantage sur les syndicalistes qui exercent pourtant leurs droits légaux et ainsi que sur les autres citoyens qui osent exprimer publiquement leur désarroi.

13. La flambée excessive des prix de tous les produits nécessaires pour la survie des citoyens ainsi que la paupérisation excessive de la population sont poussées à l’extrême du supportable.

Face à cette situation explosive, le Parti Sahwanya-FRODEBU demande ce qui suit :

a) Au Gouvernement et en particulier au Chef de l’Etat

 De se ressaisir et prendre réellement en mains les destinées du pays que le peuple lui a confiées à travers son élection par le parlement

 De mettre fin aux déclarations belliqueuses et de faire ce qui est en son pouvoir pour déclarer la fin des hostilités militaires avec le Palipehutu-FNL, et négocier rapidement les autres points de mésentente, notamment les questions relatives à l’Accord Politique et l’Accord Technique des Forces, pour un arrêt définitif des hostilités militaires au Burundi

 De renoncer à l’usage des pratiques illégales, antidémocratiques et de mauvaise gouvernance dans la gestion des affaires de l’Etat. Il est demandé notamment à l’autorité présidentielle de lever les suspensions de fait à l’endroit des Partis politiques autres que le CNDD-FDD.

 Au lieu de chercher à saborder la Constitution, l’Assemblée Nationale ainsi que le Gouvernement, le Parti Sahwanya-FRODEBU demande plutôt au Chef de l’Etat de s’engager dans un dialogue franc, sincère et constructif avec tous ses partenaires politiques, sociaux et moraux afin de trouver les voies les meilleures et consensuelles de faire fonctionner les Institutions en respectant l’esprit de réconciliation nationale.

 De renoncer aux pratiques de division des parties politiques ou de renforcements de ces divisions, qui n’ont d’autres résultats que la négation de la démocratie et du multipartisme au Burundi.
 D’arrêter la manipulation du processus électoral.

b) Au Mouvement Palipehutu-FNL

 De mettre fin aux déclarations belliqueuses et de faire ce qui est en son pouvoir pour déclarer la fin des hostilités militaires avec le Gouvernement , exprimer clairement et négocier rapidement les autres points de mésentente, notamment les questions relatives à l’Accord Politique et l’Accord Technique des Forces pour un arrêt définitif des hostilités militaires au Burundi

c) A la population burundaise

 De rester sereine
 De suivre de près l’évolution de la situation socio-politique dans le pays
 De continuer à défendre pacifiquement les acquis démocratiques

d) A la Communauté Internationale

 D’apporter un appui et un encouragement conséquents au Gouvernement du Burundi et au Palipehutu-FNL, et en cas de nécessité, leur soumettre à une pression suffisante, afin de les amener ensemble à accepter un arrêt définitif de la guerre au Burundi, notamment par la conclusion sans délai d’un Accord politique et d’un Accord Technique des Forces.

 De mettre en place une structure de résolution de la grave crise politique qui frappe les Institutions burundaises. Cette structure pourra être composée notamment de la Région, l’Union africaine, les Nations Unies, les bailleurs de fonds, en vue d’alerter le Gouvernement sur les risques de dérapage et ainsi éviter la catastrophe humanitaire au Burundi.


Fait à Bujumbura le 20 mai 2008

Pour le Parti Sahwanya-Frodebu

Honorable Léonce Ngendakumana,

Président


La rédaction