Conférence de presse du FRODEBU

08-05-2008

MOT LIMINAIRE D’UNE CONFERENCE DE PRESSE ORGANISEE PAR LE PARTI SAHWANYA-FRODEBU SUR L’ANALYSE DE LA SITUATION ACTUELLE DANS LE PAYS ET PERSPECTIVES DE SOLUTIONS : BUJUMBURA 7 MAI 2008

Mesdames ;
Messieurs les journalistes ;

Les burundais, dans leur multiple diversité et dans leur multiple différence, ont négocié et signé l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi. L’Accord contenait quatre grands principes et une série de mesures pour assurer la stabilité politique, économique et sociale de notre pays.

Ces principes sont :

1. Tout Gouvernement doit éviter de recréer les causes historiques du conflit burundais ;

2. La Démocratie et la Bonne Gouvernance doivent être le fondement de chaque Gouvernement au Burundi ;

3. La Paix et la Sécurité pour tous doivent être la priorité de tout Gouvernement ;

4. La reconstruction du pays, la réhabilitation des sinistrés et la réconciliation nationale doivent constituer une préoccupation constante de tout Gouvernement burundais.

Ces principes et ces mesures avaient fait de notre pays, un modèle de la démocratie, un modèle de résolution pacifique des conflits dans la région des Grands Lacs vers la fin de la période de transition en Mai 2005.

C’est dans ce cadre qu’une partie de la dette fut remise et que le Burundi fut un des deux pays Africains sélectionnés par les Nations Unies pour la consolidation de la paix en période post-conflit. Cela signifiait que le Burundi était classé parmi les pays en situation post-conflit.

La première mission du Pouvoir CNDD-FDD était d’arrêter définitivement la guerre au Burundi, de poursuivre la gestion de l’Etat sur base des principes et mesures ci-dessus mentionnés et ainsi sauvegarder cette image positive de notre pays : un Burundi paisible avec un peuple acquis à l’instauration d’un Etat de droit, d’un Etat démocratique. Bref d’une société juste et équitable.

Aujourd’hui tout le monde, y compris une bonne partie du Parti CNDD-FDD, qui avait poussé un ouf de soulagement déchante car :

- Les combats des années 1994 à 2003 reprennent avec vigueur et vivacité ;

- Les institutions du pays sont bloquées à commencer par le Gouvernement ;

- Le Parti et le Pouvoir CNDD-FDD, par des pratiques de corruptions favorisent les divisions des partis politiques et préfèrent travailler avec les dissidents de ces mêmes partis ;


- Les pratiques de corruption et des malversations économiques et financières sont érigées en mode de gouvernement ;

- Les conditions de vie de la population en particulier la flambée des prix à chaque instant sont devenues insupportables ;

- Un Etat policier se consolide, la dictature militaire poursuit son chemin ;

- La déception, le découragement et la désolation du Peuple Burundais sont immenses.

En effet, suite à la flambée des prix, les mouvements syndicaux animent des grèves pour faire valoir leurs revendications sociales lorsque les populations ne peuvent plus se procurer les produits de première nécessité. La monnaie burundaise se déprécie du jour au jour. Les institutions de Brettons Wood s’inquiètent de l’avenir du Burundi qui se classe parmi les trois derniers pays les plus pauvres du monde et parmi les cinq premiers pays corrompus au monde et qui pratiquent la mauvaise gouvernance démocratique et économique.

Personne ne sait plus ce qui peut arriver au pays, ce qui peut lui arriver d’un moment à l’autre. Chacun attend dans son coin avec angoisse et impatience.

Par ailleurs, des tentatives de reconstitution des milices s’observent et tout le monde dénonce l’enchâssement d’une guerre dans une autre.

La médiation, le Directoire politique ne semblent pas jouer leur rôle et la Communauté Internationale se contente des condamnations qui n’ont aucun effet, aucun un impact sur terrain.

Le parti et le pouvoir CNDD-FDD, face à l’ampleur des évènements et à la gravité de la situation se sont désengagés dans la gestion des affaires du pays et se contentent d’incriminer les partis d’opposition en tête le Parti Sahwanya-FRODEBU oubliant à tort que la grande responsabilité incombe au parti CNDD-FDD et le pouvoir qui en est issu. Leur slogan : c’est le Parti Sahwanya-FRODEBU qui bloque celui qui en sera responsable.

De plus, le parti et le pouvoir CNDD-FDD, en s’isolant, en refusant tout dialogue avec les autres partenaires politiques sur les questions du dysfonctionnement des institutions et de sécurité diminuent les chances de préparer et d’organiser les élections libres, démocratiques et transparentes de 2010 en témoignent le contenu d’un décret récemment étudié en Conseil des ministres sur la mise en place de la Commission Electorale Nationale Indépendante « CENI » et l’inscription en cachette des agents recenseurs de la population.

Cette situation que je viens de décrire n’augure rien de bon pour l’avenir du Burundi et de son peuple. Mais, pourquoi tout cela ? Pourquoi la situation continue-t-elle à se détériorer ?




Tout cela résulte :

- d’un manque de vision et d’une ligne directrice du Parti CNND-FDD dans la gestion de l’Etat ;

- de la négation de la Démocratie et de la bonne Gouvernance par le même Parti qui a rejeté en bloc l’Accord d’Arusha pour la Paix et la réconciliation au Burundi et qui affiche une volonté délibérée d’imposer un monopartisme de fait ;

- de la scission doublée des règlements de compte au sein du Parti CNND-FDD et cela a eu comme conséquence la perte de la majorité au parlement ;

- du refus de dialogue et de la concertation avec les autres forces politiques, sociales et morales avec comme corollaire le recours à la corruption, à l’intimidation et à des pratiques antidémocratiques notamment les créations et l’entretien des dissidences au sein des partis politiques de l’opposition. Ceci constitue une négation de la démocratie et du multipartisme. Le gouvernement, le parlement, l’administration centrale et territoriale sont paralysés ;

- le rêve du Parti CNDD-FDD à se maintenir au pouvoir après les élections de 2010 peu importe les moyens d’y arriver.

Concernant le blocage des activités du Gouvernement, la lettre de tous les sept Vice-ministres du 18 février 2008 au Président de la République est explicite, je cite : « en guise de conclusion le bilan de ces trois premiers mois a été constitué par plusieurs blocages et décisions contradictoires (c’est moi qui souligne) qui ont montré la difficulté de collaborer en cas de responsabilité partagée », Fin de citation.

Les conflits et contradictions entre Ministres et Vice-ministres en particulier au niveau des Ministères de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et des Travaux Publics et celui de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique sont des témoignages assez éloquents.

Le Parti Sahwanya-FRODEBU, en ce qui le concerne, reste disposé à rediscuter avec le Président de la République la structure du Gouvernement qui permettra à ce dernier de fonctionner dans le respect des articles 15 à 18 de la Constitution du Burundi.

S’agissant de la résolution du litige entre le Parti CNDD-FDD et le Mouvement PALIPEHUTU-FNL d’Agathon RWASA sur la question de l’immunité provisoire, la position du Parti Sahwanya-FRODEBU est très claire : il faut amender la loi n°1/32 du 22 Novembre 2006 portant immunité provisoire de poursuites judiciaires en faveur des membres du Mouvement signataire de l’Accord de cessez-le-feu du 07 Septembre 2006.

Le Parlement a à la fois un devoir et une obligation d’appuyer et de soutenir la volonté politique du Chef de l’Etat exprimée dans le décret n°100/357 du 20 Décembre 2006 portant application de l’immunité provisoire prévu par l’Accord global de cessez-le-feu de Dar-Es-Salaam du 07 Septembre 2006.


Ce décret nomme bien le Mouvement PALIPEHUTU-FNL comme étant bénéficiaire de cette immunité. Un décret n’amende malheureusement pas la loi.

En effet, par signature dudit Accord et par son décret du 20 Décembre 2006, le Président de la République a engagé l’Etat Burundais en reconnaissant qu’il a négocié et signé un accord avec le PALIPEHUTU-FNL d’Agathon RWASA et que l’immunité provisoire dont question a été accordée au même mouvement. Il s’agit d’entériner et légaliser cette volonté du Chef de l’Etat.

Le Parti Sahwanya-FRODEBU est également convaincu que cet accord à la fois incomplet et imprécis doit être complété par deux protocoles additionnels à savoir un accord politique et un accord technique de force (ATF).

S’agissant des Députés à envoyer dans l’Assemblée Législative de la Communauté Est Africaine, la position du Parti Sahwanya-FRODEBU reste inchangée. L’élection de ces Députés a été entachée de nombreuses irrégularités que le parti Sahwanya-FRODEBU n’a cessé de dénoncer et qu’il continuera à dénoncer.

D’ores et déjà, le Parti Sahwanya-FRODEBU a déjà saisi le Secrétaire Général de l’EAC qui a déjà réagi, le Président de l’EALA et compte porter plainte à la Cour de Justice de l’EAC. Les Présidents et les Ministres des pays membres sont déjà informés de ce cas. De nouveau, le Parti Sahwanya-FRODEBU reste disposer à contribuer pour que cette question créée en toute pièce par le Parti CNND-FDD soit vidée dans le respect de la loi et des procédures en vigueur.

Quant au déblocage des activités de l’Assemblée Nationale, le Parti Sahwanya-FRODEBU informe l’opinion qu’il n’a aucune responsabilité dans ce blocage. La responsabilité incombe au Parti CNDD-FDD qui, non seulement est à la base de ce blocage mais aussi qui continue à demander au Président de l’Assemblée Nationale de lui accorder un délai pour des consultations internes. Un compromis auquel le Parti Sahwanya-FRODEBU adhère a été déjà distribué aux Députés. Il ne reste que l’organisation d’une séance plénière pour l’enrichir et l’adopter.

Sur cette question précise aussi, le Parti Sahwanya-FRODEBU déclare publiquement qu’il se soumettra au compromis qui sera soutenu par la majorité des Députés à l’issue d’une ou des séances plénière (s) organisées à cette fin pourvu que cela se passe dans le respect de la loi et de l’intérêt général.

S’agissant de la mise en place de la CENI et du recensement de la population en perspective, le Parti Sahwanya-FRODEBU tient à rappeler qu’il s’agit d’une question qui engage toute la nation burundaise et non la propriété privée du seul Parti CNDD-FDD. Le Parti Sahwanya-FRODEBU opposera un non catégorique à cette escroquerie politique.

Face à :

- la persistance de la crise politico institutionnelle, de l’insécurité et de la prolifération des armes au sein de la population ;

- la négation de la démocratie ou la radicalisation du pouvoir CNDD-FDD ;


- la négation des principes de bonne gouvernance démocratique et économique dans la gestion de l’Etat ;
-
- l’isolement et au refus du dialogue avec les autres forces politiques, sociales et morales ;

- l’usage de la force dans la gestion de l’Etat et à la volonté d’imposer un monopartisme de fait ;

- la manipulation du système électoral ;

- risque d’une implosion sociale prévisible.

Le Parti Sahwanya-FRODEBU n’a d’autre choix que de faire appel au peuple burundais, à toutes les forces politiques, sociales et morales, à la région et à la communauté internationale de tout mettre en œuvre pour que le Président de la République, en sa qualité de Chef de l’Etat et de Gouvernement et en vertu des articles 95 et 106 de la

Constitution comprenne que le moment est venu pour assumer ses responsabilités afin de prévenir la « catastrophe humanitaire » au Burundi et dans la région des Grands Lacs.

Le Président de la République, indépendamment de son Parti politique, doit prendre une décision politique et des mesures rapides et urgentes pour mettre un terme au dysfonctionnement du Gouvernement et du Parlement et pour le règlement de la question du PALIPEHUTU-FNL d’Agathon RWASA, préalables pour assurer la sécurité des citoyens victimes du comportement négatif et répréhensif de certains agents de l’ordre et de la sécurité publique ainsi que de l’administration territoriale ; préalables également pour rassurer la communauté internationale en particulier les bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers.

Le Président de la République est tenu de créer un environnement favorable au dialogue, à la paix, à l’unité et à la cohésion nationale et au bon fonctionnement des Institutions en application des dispositions pertinentes de la Constitution.

Le Parti Sahwanya-FRODEBU demande au Président de l’Initiative Régionale de Paix pour le Burundi et à la médiation d’aider réellement le Gouvernement du Burundi à terminer le plus rapidement possible la guerre avec le Mouvement PALIPAHUTU-FNL, à accélérer le désarmement de la population civile et des milices au lieu de vouloir imposer une solution qui passe par la reprise des violences dans le pays.

Une telle situation rappelle au peuple burundais les périodes les plus sombres de son histoire. L’échec du gouvernement burundais sera également l’échec de la médiation, de la région, de l’Union Africaine et des Nations Unies. Cela sera une honte pour Burundi et l’Afrique.


Je vous remercie.


la rédaction