C'est dans l'aube de la Démocratie

05-04-2008

EDITORIAL

LE CHEMIN DE LA CROIX DU PEUPLE BURUNDAIS

Si le chanteur Ivoirien qui a chanté le morceau de son pays qui allait mal pouvait visiter le Burundi, il ne manquerait pas de s’étonner en réalisant que le Burundi va aussi mal. Très mal ! » Au regard du désespoir qui ne cesse de s’accroître nous avons l’impression que le diable a jeté un mauvais sort sur la nation entière.

Ils avaient raison de pleurer ces fidèles chrétiens qui, le vendredi Saint de la semaine sainte, assistant au chemin de la croix de Jésus Christ ont réalisé que le peuple burundais vivait presque la même souffrance que le fils de Dieu. D’aucun ont été surpris par ces sanglots. Eh oui a chacun son chemin de la croix ! le chemin de la croix du peuple burundais, c’est ce panier de la ménagère qui coûte les yeux de la tête aujourd’hui. Et qui va être encore plus cher avec la nouvelle structure du carburant en vue. La rareté de ce produit sur le marché au cour de cette semaine du 24 au 31 mars 2008 a déjà causé des ravages dans les ménages et cette fois-ci la flambée des prix des produits de première nécessité a commencé par les centres urbains de l’intérieur du pays. Dans ces centrées le prix du carburant est passé du simple au double au marché noir. Précisons qu’à Bujumbura le stock stratégique du carburant donné à certains pétrolier n’aura été qu’un écran de fumée qui n’a résolu aucun problème de la pénurie.

Le chemin de la croix du peuple burundais c’est aussi cette fièvre qui monte à l’armée, provoquée par une mauvaise gestion de la question de démobilisation. Et le bicéphalisme qui entoure sa gestion est porteur de tous les dangers. Et pourtant l’intégration des mouvements politiques armés dans les corps de Défense et se Sécurité s’était opérée sans heurte à la grande surprise du monde entier qui nous observait. A ce titre il faut souligner et saluer le travail qui a été réalisé par l’ancien Président Domitien NDAYIZEYE qui était un envoyé du Parti Sahwanya-FRODEBU ; un coup de chapeau aussi à l’endroit du Ministre de la défense Nationale de l’époque le Lieutenant Général Vincent NIYUNGEKO. Ces deux personnalités n’avaient pas de baquette magique ! Ils avaient un seul et le même credo : « la consultation et la concertation permanentes pour une intégration réussie des ex-rebels à l’armée et à la police. » au regard de la cacophonie qui en a perçu autour de l’opération de démobilisation surtout ce 31 mars au terrain de football du camp Muha, il est pénible de constater que la cohésion est absent entre les principaux acteurs –décideurs du dossier.

Or un mauvais climat au sein des forces de Défense et de sécurité peut déboucher sur une catastrophe qui mettrait à l’eau tous les efforts consentis par les burundais et la communauté internationale jusqu’aujourd’hui.

L’un des corollaires de cette cacophonie peut être ce troisième chemin de la croix du peuple burundais qu’est ce processus avec le PALIPEHUTU-FNL qui est en dents de scie et qui tarde à être conclu. Effectivement, ce 31 mars, le porte parole du Parti pour la Libération du Peuple Hutu –Forces Nationales de Libération, Monsieur Pasteur HABIMANA exige comme préalable au retour de leur délégués au MCVS, la loi portant immunité des membres de ce parti ; une loi qui doit passer par le tamis de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

Or les deux institutions en général et l’Assemblée Nationale en particulier sont bloquées. Autant dire que le Parti pour la Libération du Peuple Hutu –Forces Nationales de Libération, exige le déblocage du parlement comme préalable à la suite de processus de cessez-le-feu. Ce n’est partout la perspective de lâcher dans la nature 3387 démobilisés et qui sont en grande majorité mécontents peut tenter ce parti de RWASA à renforcer le front de libération. Nantis de plus ou moins 6 bataillons supplémentaires, le chef rebel de Kiremba (Ngozi) peut mettre en difficulté le Gouvernement. Nous devons donc à tout prix éviter tout ce perspective de reprise des hostilités et à ce titre la Banque Mondiale doit faire la part des choses et déroger à certains règles. Au cas contraire le pays risque de sombrer.

Le dernier chemin de la croix de mon peuple qui est la source de tout ce calvaire susmentionné c’est le blocage des institutions. En effet, le Gouvernement et le parlement sont bloqués. A ce sujet en date du 18 février 2008, 7 vice-ministres ont écrit une lettre au Chef de l’Etat, un message que les inquiétudes de ces membres du Gouvernement relatives à l’exécution de leur mission. En résumé ils soulevaient le conflit de compétence qui gangrène l’action gouvernementale. A l’Assemblée Nationale depuis le deuxième congrès fatale de Muyinga du 26 janvier 2008, qui exclue la député Alice NZOMUKUNDA, l’institution de Pie NTAVYOHANYUMA est paralysée. Au bureau de l’Assemblée Nationale, il ne reste que la seule personne du Président du Bureau. Les députés INANKUYO et KIGANAHE ne siégent au bureau que par la force du canon et non de la loi. Dès lors le bureau devient irrégulier. Et Pie NTAVYOHANYUMA qui doit avoir compris l’étendue de cette irrégularité refuse ou à peur de programmer une séance plénière. Préoccupé par la mauvaise note qu’il a auprès de l’Union Internationale, il vient d’invoquer le député Didace KIGANAHE à Genève auprès de cette institution pour expliquer les raisons des imperfections de notre Assemblée Nationale. Signalons à toutes fins utiles qu’un membre de cette délégation de KIGANAHE le député de Giheta (Gitega), Norbert NDIHOKUBWAYO est allé dans la prison centrale de Mpimba pour convaincre l’ancien Président du CNDD-FDD, le député El Hadj Hussein RADJABU de déclarer que ces conditions de détention sont excellentes ; bien entendu Hussein RADJABU a renvoyé promener cet émissaire de NTAVYOHANYUMA. Ce dernier est à l’étroit et l’étau se resserre autour de lui. Dans ces conditions le Sénat qui doit analyser entre autres des textes qui viennent de la chambre basse devient lui aussi bloqué.

Avec une telle santé de nos illustres institutions, comment voulez-vous que les partenaires traditionnels du Burundi puissent nous venir en aide ? comment voulez-vous qu’ils nous prennent au sérieux ? le dernier signal en date de cette perte confiance a été ce fait que des émissaires des institutions de Bretton Woods, pour un programme de quatre prochaines années, ils ont été obligées de consulter notamment les ancien Chef d’Etat qui ont dirigé le pays, les directions de certains partis politiques comme le FRODEBU.

L’image de nos institutions jette un grand discrédit sur le pays. Dans pareil cas, peuple burundais qui connaît une extrême pauvreté, n’aura personne à son chevet. De même face à notre incapacité de ramener la paix, personne ne pourra nous pleurer. Et les burundais n’auront qu’à endurer ce chemin de la croix stoïquement. Franchement Mon Pays va mal, Seigneur, venez-nous sauvez !


Pancrace CIMPAYE


NDLR: Vous pouvez lire l'intégralité du journal Aube de la Démocratie" dans notre rubrique "Lu pour vous"







La Rédaction