Conférence Publique le 26 juillet à

14-07-2008

Du virtuel au réel : Burundibwacu.org invite les Burundais et les amis du Burundi à Bruxelles le 26 juillet 2008.



Lieu et heure : Auberge de jeunesse Jacques BREL

Rue de la Sablonnière, 30

1000 Bruxelles à 14 h.

PAF : 5 €

Les places étant limitées, veuillez envoyer votre inscription à bamenyekanye@hotmail.com

Thème de la rencontre :

Dire la mémoire et dire le droit au Burundi : deux défis d’une justice transitionnelle à inventer

Cette conférence sera animée respectivement par Mr Cishahayo Fabien venu du Canada, l’ambassadeur Nshimirimana Perpétue de Suisse et Maître Rwankara Pascal de Belgique.

En septembre prochain, le site Burundibwacu fêtera ses trois ans d’existence. A cette occasion, nous avons entrepris d’organiser un événement où le débat se passerait non plus dans un espace virtuel, mais à la distance d’un jet de salive (at a spiting distance comme disent les anglophones). Et qui nous offrira l’opportunité de nous parler dans le blanc des yeux. Nous estimons en effet que le virtuel n’est rien s’il ne débouche sur des rencontres entre les êtres, dans des espaces et des temps concrets, autour des problématiques cruciales auxquelles est confrontée la Collectivité politique burundaise dans toutes ses composantes (au pays et dans les communautés diasporiques).

L’actualité politique burundaise nous indique en effet que si la tendance se maintient et si toutes les bonnes volontés sont mises à contribution, nous allons bientôt enterrer définitivement la hache de guerre pour entreprendre la reconstruction du pays, aussi bien sur le plan des infrastructures qu’au regard des personnes. Car ce ne sont pas uniquement les bâtiments qui ont été démolis : les personnes l’ont été tout autant. On le voit en mille et une occasions.

Quand les batailles à coups de kalachnikov et de roquettes seront terminées, quand on n’entendra plus la «symfolie des canons» comme dirait le chanteur ivoirien Alpha Blondy, une autre bataille cruciale commencera au Burundi : la bataille de la mémoire, la confrontation des mémoires. La question avait été expédiée de façon cavalière par les régimes passés : on nous a répété sur tous les tons et sur toutes les tribunes : intibagira ntibana, wihora incuti ukamara umuryango, j’en passe et des meilleurs. Mais ces réponses simplistes ont laissé la question entière : les Burundais vont être confrontés à la difficile tâche de gérer la mémoire collective, de réconcilier leurs mémoires, de façon à faire de la place à toutes les souffrances, à toutes les blessures. Peut-être se rendront-ils compte alors que les plus bruyants ne sont pas forcément ceux qui ont connu les plus grandes souffrances…La sagesse populaire ne nous dit-elle pas que les grandes passions sont aveugles et que les grandes souffrances sont muettes !

Trois conférences, trois regards sur le Burundi, son passé et son avenir.

Quand un volcan se regarde le nombril, disait un humoriste québécois, Marc Favreau, il n’y voit que du feu. Le dossier burundais est si confus et par moments si étourdissant qu’il donne le vertige, non seulement aux étrangers, mais même aux Burundais. Pour y voir plus clair, il a fallu que je regarde du côté de Madrid, où le gouvernement de José Luiz Rodriguez Zapatero tente depuis 2004 de solder les comptes du long règne du généralissime Francisco Franco, un des régimes les plus brutaux que l’Europe occidentale ait connu, après le nazisme hitlérien et le fascisme italien. Curieusement, le discours sur le passé franquiste de l’Espagne ressemble à s’y méprendre à celui que l’on tenait et que certains tiennent encore à Bujumbura : il ne faut pas rouvrir les vieilles blessures – comme si elles s’étaient jamais cicatrisées ! – il faut enterrer le passé pour cheminer vers demain – et ce passé, têtu, ne passe pas ! Les victimes de la tragédie, quant à elles, crient leur désarroi, demandent qu’on ouvre le débat, les tombes et les dossiers, pour que justice soit rendue aux leurs qui ont disparu, dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées.

Avec ma conférence, je mets notre propre drame national en dialogue avec le vécu de ces victimes du franquisme, si géographiquement éloignées du Burundi, mais si humainement proches de nous dans leur tragédie et dans leurs espérances, tant il est vrai que, comme disait Montaigne, tout homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition. Je fais donc le pari de parler du Burundi et des Burundais en passant par l’Espagne et les Espagnols, en montrant que ce pays nous a précédé sur un chemin que, demain, forcément, nous emprunterons. Si du moins nous gardons le cap que nous nous sommes collectivement fixé, et qui est celui de la Vérité et de la Réconciliation. Toutes ces précisions étant données et votre indulgence pour ce détour étant, je l’espère, acquise, je propose le titre suivant à ma conférence : La justice transitionnelle en action ou quand l’Espagne solde péniblement les comptes du franquisme. Leçons pour le Burundi et l’Afrique interlacustre.

La deuxième conférence sera donnée par l’Ambassadeur Perpétue Nshimirimana, qui nous viendra de Genève. Dans sa Lettre à Isidore, l’Ambassadeur Nshimirimana, parle comme tous ces Espagnols et toutes ces Espagnoles, dont les parents n’ont pas eu les honneurs d’une sépulture décente. Elle s’interroge et interroge l’Histoire nationale, l’histoire officielle, l’histoire menteuse. Comme ces frères humains espagnols, elle voudrait que soit mis fin à ce silence assourdissant, qui a criminalisé les victimes de la tragédie burundaise, pour acheter une conscience à peu de frais à ceux qui les ont assassinés. Dans cette quête fébrile de la Vérité, elle a rencontré un être exceptionnel, la sœur Marie Josée Evert. En compagnie de Rose Ntwenga, elle-même journaliste, ces trois femmes merveilleuses ont écrit un livre à six mains comme on dirait dans le jargon des écrivains. Le livre est intitulé Entretien avec Sœur Marie-Josée Evert.

Perpétue Nshimirimana nous a fait honneur de répondre à l’invitation de Burundibwacu, pour parler de cette quête de la vérité où l’histoire de sa famille, (qui, hélas, ressemble à celle de mille autres familles blessées !) s’inscrit dans la Grande histoire, l’histoire avec une grande hache, comme l’écrivait George Perec, que je citais dans mon propre livre, que j’aurais l’honneur de présenter à cette occasion. L’auteur nous parlera aussi de la formidable aventure de cette écriture à six mains, où, du haut de ses 36 ans passés au Burundi, sœur Marie-Josée Evert joue merveilleusement son rôle de passeur de mémoire.

Enfin, moins porté sur l’émotion, plus orienté vers la rigueur (par moments trop froide à mon sens !) du langage juridique, le juriste Rwankara Pascal nous propose une réflexion sur Les liens entre les clivages politico-ethniques et la problématique constitutionnelle au Burundi. La loi suprême peut-elle passer le test des fractures politico-ethniques qui sont une des constantes du paysage politique burundais, malgré les efforts faits pour colmater les brèches et réconcilier les fils et les filles du Burundi en les forçant à bâtir quelque chose ensemble, comme le proposait déjà Antoine de Saint-Exupéry ?

Pour modérer ces débats, notre choix s’est porté sur Joseph Ntamahungiro. Belge, comme son nom ne l’indique pas, M. Ntamahungiro est un homme de consensus, un homme de dialogue, plein d’usage et raison, journaliste de profession et mushingantahe au sein plein du terme.

Le rendez-vous du 26 juillet promet d’être très intellectuellement stimulant et très enrichissant. Notre équipe éditoriale espère vous voir y répondre nombreux, afin de mettre des visages concrets sur des lecteurs qui, le plus souvent, restent des partenaires virtuels situés de l’autre côté de l’écran cathodique, dans la fascinante aventure médiatique de notre site.

Cishahayo Fabien, Canada

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